Quelle est la montagne la plus dangereuse ?
Comparaison des taux de mortalité des sommets himalayens les plus redoutés.
Annapurna
Nanga Parbat
K2
Everest
⏱ Temps de lecture estimé : 12 minutes
Points clés à retenir
- Le Nanga Parbat affiche un taux de mortalité proche de 21%, avec 74 morts pour 322 sommets réussis
- L’Annapurna reste la montagne la plus mortelle, jusqu’à 32% selon les recalculs récents
- L’Everest a compté 5 morts sur la saison 2025, un bilan jugé favorable par les guides
- Le K2 ne compte que 378 sommets réussis, contre plus de 5 000 sur l’Everest
- Une expédition au Nanga Parbat coûte entre 11 875 $ et 34 868 $ selon le niveau de service
Nanga Parbat, la montagne tueuse de l’Himalaya
Le Nanga Parbat s’élève à 8 126 mètres dans la région pakistanaise du Gilgit-Baltistan, à l’extrémité ouest de l’Himalaya. Les alpinistes l’ont surnommé la « montagne tueuse » depuis 1895, année de la première tentative par le Britannique Albert Mummery, emporté avec deux porteurs dans une avalanche. Sur les 322 grimpeurs qui ont atteint son sommet, 74 n’en sont jamais revenus, un taux de mortalité proche de 21% selon le Himalayan Database. Avant la première ascension réussie en 1953 par l’Autrichien Hermann Buhl, 31 personnes avaient déjà péri sur ses pentes.
L’histoire la plus marquante reste celle d’Elisabeth Revol, secourue en 2018 après plusieurs jours bloquée près du sommet aux côtés de son coéquipier Tomasz Mackiewicz, qui n’a pas survécu. Ce sauvetage est raconté en détail dans ce reportage. L’alerte est donnée par SMS depuis le camp de base, et c’est une équipe de quatre alpinistes polonais et kazakh, Adam Bielecki, Denis Urubko, Jarosław Botor et Piotr Tomala, qui interrompt sa propre expédition hivernale sur un sommet voisin pour se lancer dans un sauvetage éclair à plus de 6 000 mètres d’altitude.
Le drame le plus meurtrier remonte à 1937 : une avalanche a emporté 16 personnes en une seule nuit au camp IV. La montagne combine granite instable et gneiss fracturé, un terrain qui multiplie les chutes de pierres même sur la voie Kinshofer, pourtant réputée la plus accessible. Franchement, aucun itinéraire du Nanga Parbat ne mérite le mot « facile ».
En 1970, la face Rupal offre au Nanga Parbat l’un de ses épisodes les plus tragiques : Günther Messner meurt à la descente, laissant son frère Reinhold redescendre seul, victime d’engelures sévères qui lui coûteront plusieurs orteils. Cette histoire a alimenté pendant des décennies une controverse sur les circonstances exactes du drame. Le versant Rupal, avec ses 4 500 mètres de dénivelé d’un seul tenant, reste considéré comme la plus haute paroi rocheuse du monde.
Une expédition organisée aujourd’hui coûte entre 11 875 $ pour une formule camp de base et 34 868 $ pour un accompagnement complet, permis d’ascension inclus (à partir de 7 200 $ auprès du ministère du Tourisme pakistanais). Ce tarif reflète la logistique nécessaire pour sécuriser une montagne où le secours en haute altitude reste extrêmement compliqué.

Classement des montagnes les plus dangereuses du monde
Le classement des montagnes les plus dangereuses du monde se construit sur un seul indicateur fiable : le nombre de morts rapporté au nombre de sommets réussis, pas le nombre brut de victimes. Sur cette base, l’Annapurna I domine toutes les statistiques depuis des décennies.
Ces pourcentages proviennent presque tous de la même source, le Himalayan Database, tenu depuis les années 1990 par des historiens de l’alpinisme. Certains calculs comptent uniquement les morts parmi les grimpeurs ayant atteint le sommet, d’autres incluent aussi ceux qui décèdent avant d’y parvenir, d’où les écarts parfois importants d’une source à l’autre pour une même montagne.
| Montagne | Altitude | Taux de mortalité | Danger principal |
|---|---|---|---|
| Annapurna I | 8 091 m | 26,7% (jusqu’à 32% selon les recalculs récents) | Avalanches |
| K2 (Chogori) | 8 611 m | ~22% | Technicité, tempêtes |
| Nanga Parbat | 8 126 m | ~21% | Pentes instables, avalanches |
| Kangchenjunga | 8 586 m | 20 à 29% selon les sources | Isolement, vents violents |
| Dhaulagiri | 8 167 m | 15,6% | Avalanches répétées |
| Mont Everest | 8 848,86 m | ~4% | Affluence, mal aigu des montagnes |
Cette hiérarchie surprend souvent : l’Everest, pourtant le plus haut sommet du monde, se classe bon dernier sur le plan du risque statistique. La hauteur ne fait pas le danger, ce sont les avalanches, la météo imprévisible et la technicité du terrain qui font basculer les chiffres. C’est justement ce qui explique pourquoi le Nanga Parbat, moins haut que l’Everest, tue proportionnellement cinq fois plus.
Annapurna, le sommet au taux de mortalité le plus élevé
L’Annapurna I culmine à 8 091 mètres au cœur de l’Himalaya népalais et détient le record du massif : jusqu’à 32% de mortalité selon les recalculs les plus récents, contre 26,7% dans les décomptes historiques. Pour trois alpinistes qui redescendent au camp de base, un ne revient jamais. Seuls 266 grimpeurs ont réussi l’ascension à ce jour, un chiffre étonnamment bas comparé aux autres 8 000.
Les avalanches restent la première cause de décès, loin devant les chutes ou le mal des montagnes. Le versant sud, ouvert par Maurice Herzog et Louis Lachenal en 1950 lors de la toute première ascension d’un sommet de plus de 8 000 mètres, reste balayé par des couloirs de glace qui se détachent sans préavis. En octobre 2014, une tempête soudaine sur le trek des Annapurna, le circuit de randonnée autour du massif, pas l’ascension technique, a coûté la vie à 43 personnes.
Sur le terrain, les guides népalais déconseillent désormais la tentative en solitaire : au-delà de 7 000 mètres, l’air raréfié double le temps de réaction en cas d’incident, et une cordée reste le seul filet de sécurité réel.
Maurice Herzog paiera cette première ascension au prix fort : rapatrié en urgence, il perdra la totalité de ses doigts et plusieurs orteils, amputés sur le chemin du retour faute de soins adaptés. Son récit, publié en 1951, reste l’un des textes fondateurs de la littérature d’alpinisme himalayen et a longtemps servi de référence pour préparer les expéditions suivantes dans l’Himalaya.
K2, la Savage Mountain entre technicité et tempêtes
Le K2 s’élève à 8 611 mètres à la frontière sino-pakistanaise, deuxième plus haut sommet du globe derrière l’Everest. Les himalayistes l’ont baptisé « Savage Mountain » : son taux de mortalité tourne autour de 22%, et seuls 378 grimpeurs ont atteint son sommet contre plus de 5 000 sur l’Everest. La différence tient à la verticalité quasi continue de la voie normale et à des tempêtes qui se forment en quelques heures à peine.
Trois passages verrouillent l’ascension : la cheminée House à 6 500 mètres, la Pyramide Noire à 7 000 mètres, puis le redouté couloir du Bottleneck à 8 200 mètres, surplombé par des séracs instables. En 2008, onze alpinistes y ont perdu la vie en une seule journée après la rupture d’une corde fixe sous les glaciers suspendus, la pire catastrophe de l’histoire du K2. Les victimes ce jour-là viennent de sept pays différents, de la Corée du Sud à la Norvège, preuve que le K2 attire une communauté internationale de grimpeurs chevronnés malgré son bilan.
Le surnom de « Savage Mountain » remonte à 1953, forgé par l’Américain George Bell après une tentative avortée qui a coûté la vie à l’un de ses coéquipiers. Deux expéditions antérieures, en 1902 et 1939, avaient déjà échoué sans qu’aucun grimpeur n’approche du sommet, preuve que le K2 a résisté plus longtemps que l’Everest à toute tentative de conquête.
Le sujet fascine aussi sur les réseaux sociaux, comme le montre cette vidéo TikTok qui résume les sommets à éviter si vous tenez à la vie.
@trasheurs Si vous aimez l’ascension de montagnes, je vous conseille de ne jamais grimper ces montagnes si vous tenez à la vie ! #montagne #danger #ascension #difficile #fyp #tiktokacademie ♬ son original – Trash
Mont Everest : combien de morts et pourquoi ce bilan grimpe
Combien de morts sur l’Everest depuis les premières tentatives ? Plus de 330 décès ont été recensés depuis les années 1920, un chiffre qui grimpe chaque printemps avec l’afflux de nouvelles expéditions. Sur la seule saison 2025, cinq alpinistes ont perdu la vie sur le versant sud, un bilan jugé favorable par les guides locaux, comparé aux huit décès de la saison précédente.
Le mal aigu des montagnes, l’épuisement dans la zone de la mort au-dessus de 8 000 mètres et les embouteillages aux heures de pointe du sommet expliquent l’essentiel des accidents récents. La démocratisation de l’Everest depuis les années 1990 a multiplié les tentatives par des grimpeurs peu expérimentés, parfois tirés vers le sommet par des sherpas pour honorer un forfait déjà payé. Les sherpas eux-mêmes paient le plus lourd tribut : ils représentent près de 40% des victimes recensées, souvent en portant du matériel dans les sections les plus exposées entre les camps 2 et 4.
D’ailleurs, l’altitude officielle du sommet a changé récemment : la Chine et le Népal ont validé fin 2020 une nouvelle mesure GPS de 8 848,86 mètres, contre 8 848 mètres retenus depuis 1955.
Les agences commerciales népalaises et les opérateurs internationaux se disputent aujourd’hui un marché estimé à plusieurs dizaines de millions de dollars par saison. Certaines formules tout compris incluent jusqu’à huit bouteilles d’oxygène par client et un sherpa dédié, ce qui a permis à des grimpeurs bien moins expérimentés qu’auparavant de tenter leur chance, au prix, selon plusieurs guides, d’une prise de risque collective plus élevée sur les sections encombrées.
Dhaulagiri et Kangchenjunga, les autres géants meurtriers
Le Dhaulagiri culmine à 8 167 mètres et affiche un taux de mortalité stable de 15,6%, avec plus de 80 alpinistes et sherpas tués depuis les premières tentatives. La voie classique traverse le glacier de Chhonbardan, exposé en continu aux avalanches, la principale cause de décès sur ce sommet, loin devant les chutes ou le froid.
Le Kangchenjunga, troisième plus haut sommet du monde à 8 586 mètres, reste plus difficile à évaluer : les estimations de mortalité vont de 20% à 29% selon les bases de données consultées, l’écart s’expliquant par le faible nombre de tentatives comparé aux autres 8 000. Son isolement à la frontière indo-népalaise complique surtout les secours : une évacuation peut prendre plusieurs jours de plus que sur l’Everest ou l’Annapurna, faute de camp de base facilement accessible par hélicoptère.
En pratique, les expéditions sur le Kangchenjunga embarquent systématiquement un stock d’oxygène et de matériel médical supplémentaire, faute de pouvoir compter sur un secours rapide.
La première ascension du Dhaulagiri remonte à 1960, réalisée par une expédition suisse assistée d’un avion largueur de matériel, une méthode alors inédite pour ravitailler un camp d’altitude. Le Kangchenjunga, lui, a été gravi pour la première fois en 1955 par deux Britanniques qui se sont arrêtés symboliquement quelques mètres sous le sommet véritable, par respect pour les croyances locales qui considèrent ce point comme sacré.
Comment les alpinistes réduisent les risques aujourd’hui
Vous envisagez une expédition sur l’un de ces sommets ? Les agences sérieuses imposent une acclimatation progressive sur plusieurs semaines, avec des rotations entre les camps pour habituer le corps à l’altitude avant la tentative finale. Le Népal a resserré ses règles depuis 2023 : certificat médical récent, expérience préalable sur un sommet de plus de 6 500 mètres et guide certifié sont devenus obligatoires pour l’Everest.
Le suivi météo par satellite a changé la donne : les fenêtres de beau temps se prédisent désormais à 4-5 jours près, ce qui réduit les tentatives lancées à l’aveugle qui coûtaient le plus de vies dans les années 1990. Sur le terrain, les grimpeurs expérimentés recommandent malgré tout la même règle depuis un siècle : redescendre dès les premiers signes de mal aigu des montagnes, même à quelques mètres du sommet.
Les assurances spécialisées en haute altitude sont devenues quasi obligatoires : la plupart des agences exigent une couverture incluant l’évacuation héliportée, facturée plusieurs milliers de dollars en cas de déclenchement au-dessus de 6 000 mètres. Les balises GPS individuelles, généralisées depuis une dizaine d’années, permettent aussi de localiser un grimpeur en détresse en quelques minutes plutôt qu’en plusieurs heures.
Si l’Himalaya reste hors de portée, d’autres itinéraires exigeants permettent de tester ses limites sans viser les 8 000 mètres, comme les passages dangereux du GR20 ou certains tronçons du chemin de Compostelle. En vrai, c’est souvent la décision de renoncer, et non celle de continuer, qui sauve le plus de vies sur le Nanga Parbat comme ailleurs.
Questions fréquentes
L’Everest est-il la montagne la plus dangereuse du monde ?
Non. L’Everest affiche un taux de mortalité proche de 4%, très loin derrière l’Annapurna (jusqu’à 32%), le K2 (~22%) ou le Nanga Parbat (~21%). Il reste la montagne qui totalise le plus de morts en valeur absolue, simplement parce qu’il attire infiniment plus de candidats, plus de 5 000 sommets réussis contre 378 pour le K2.
Le K2 est-il plus difficile à gravir que l’Everest ?
Oui, sur le plan technique. Le K2 impose une verticalité quasi continue dès le camp de base, des passages comme la cheminée House ou le couloir du Bottleneck, et des tempêtes qui se forment en quelques heures. L’Everest se grimpe sur une voie normale plus roulante, sécurisée par des cordes fixes renouvelées chaque saison.
Combien coûte une expédition au Nanga Parbat ?
Comptez entre 11 875 $ pour une formule camp de base et jusqu’à 34 868 $ pour un accompagnement complet avec oxygène et sherpas, selon les tarifs 2026-27 des agences pakistanaises. Le permis d’ascension délivré par le ministère du Tourisme pakistanais démarre à 7 200 $ et s’ajoute à ce budget, l’un des tarifs les plus élevés de tout l’Himalaya, à la mesure de la réputation du Nanga Parbat.


